Vancouver : l’arrivée d’Uber ouvrira-t-elle la porte à la tarification de la congestion?

Villes durables

Le débat sur le covoiturage commercial fait rage en Colombie-Britannique. Le gouvernement de la province tient actuellement des consultations publiques sur l’opportunité d’autoriser cette industrie et, le cas échéant, à quelles conditions. Outre les préoccupations concernant la mobilité des personnes, la sécurité des passagers et les effets sur l’industrie du taxi, on s’interroge sur le risque que le covoiturage à la Uber aggrave (soupir) les problèmes de circulation du Grand Vancouver. Si c’était le cas, existerait-il un moyen de permettre le covoiturage commercial sans transformer le trafic en cauchemar? Nous croyons que oui : grâce à la tarification intégrée de la congestion routière.

La fin de l’exception britanno-colombienne

La Colombie-Britannique est l’un des derniers bastions de la résistance au covoiturage commercial. Les entreprises du type Uber sont déjà présentes dans 507 villes et 66 pays. Même en Colombie-Britannique, elles possèdent déjà 200 000 utilisateurs dûment enregistrés qui n’attendent que le feu vert de la province pour monter en voiture (transparence totale : j’en fais partie). Vancouver est maintenant la plus grande ville nord-américaine à se passer des services d’Uber (l’entreprise ayant récemment suspendu sa menace de se retirer du Québec).

Les choses pourraient bientôt changer. Lors de la campagne électorale d’avril-mai 2017, les trois principaux partis politiques de la province se sont prononcés en faveur du covoiturage commercial. L’un d’entre eux, le Parti vert, a déjà présenté – à trois reprises – un projet de loi visant sa légalisation. Et le nouveau gouvernement néodémocrate (minoritaire) consulte la population au sujet des impacts de cette industrie et de la meilleure façon de la réguler.

L’idée que le covoiturage pourrait aggraver les problèmes de circulation dans le Grand Vancouver a été maintes fois exprimée durant les audiences publiques. L’attrait du covoiturage commercial tient en partie à ce qu’il serait plus pratique et moins coûteux que la conduite automobile privée, la marche, le vélo ou le transport en commun. Ces déplacements en voiture bon marché incitent cependant les gens à en augmenter la fréquence : il y a donc plus de gens sur les routes, et plus de kilomètres parcourus. À long terme, le covoiturage amènera peut-être des gens à se débarrasser de leur voiture personnelle, mais des recherches récentes montrent que ce n’est pas encore le cas.

Vue d’ensemble

La perspective d’une aggravation de la congestion routière dans le Grand Vancouver ne doit pas être prise à la légère. Pour beaucoup d’habitués de l’heure de pointe, la circulation y est déjà un champ de bataille cauchemardesque et imprévisible. Il est donc essentiel d’avoir une meilleure idée des effets attendus de l’arrivée du covoiturage.

Mais ce n’est là qu’un premier pas. Il est important que le débat dépasse la seule question du covoiturage et embrasse tout le problème de la circulation routière dans la région.

Heureusement, c’est déjà le cas. Une commission indépendante étudie présentement comment la tarification de la congestion pourrait soulager durablement la misère automobile du Grand Vancouver. On attend pour ce printemps des scénarios détaillés de tarification et des études d’impact par zone. (On peut lire en attendant le rapport provisoire de la commission.)

Remettre du mobile dans l’automobile

La tarification de la congestion peut prendre diverses formes. Mais dans tous les cas, elle consiste à faire payer davantage pour conduire à des heures et en des lieux où le trafic est le plus dense. Dans le cas du Grand Vancouver, on pourrait installer des péages aux ponts et tunnels qui donnent accès au centre. Ou encore instaurer une tarification plus complète basée sur la durée et la distance de chaque trajet. Le but est d’encourager les gens à se déplacer à des heures différentes. Et à se déplacer moins souvent, ou à voyager à plusieurs afin de réduire les coûts.

Le covoiturage commercial s’insérerait avantageusement dans un programme de tarification de la congestion à Vancouver. En autant que les usagers n’aient pas la possibilité de contourner les frais, le coût supplémentaire serait simplement ajouté à la facture du client. S’il y a un péage sur un pont, par exemple, celui-ci subira le tarif aussi bien que les autres automobilistes.

Ces frais ont un objectif précis. Si elle est bien conçue, la tarification de la congestion allège la circulation tout en l’accélérant. Le covoiturage donne aux gens des options supplémentaires, ce qui explique sans doute pourquoi les entreprises qui offrent ce service appuient l’idée de la tarification. Quant aux revenus, ils peuvent être retournés aux résidents sous forme de baisse de la taxe de vente, de dividende en argent ou de modernisation des infrastructures.

Techniquement parlant

L’explosion des services de covoiturage et d’autopartage montre que les moyens techniques nécessaires à la tarification fondée sur la distance parcourue existent déjà. Car2Go, Communauto, Evo, Uber et Lyft emploient tous le positionnement par GPS pour facturer aux usagers leurs trajets selon la durée et la distance parcourue. Un projet pilote en Oregon applique la même recette à la tarification de la congestion, au lieu d’augmenter la taxe sur l’essence.

Certaines applications destinées au covoiturage (notamment celle d’Uber) calculent même les tarifs en fonction de la densité du trafic. C’est en somme la tarification de la congestion sans dire le mot : elles rendent les déplacements plus coûteux aux heures de pointe et moins chers aux heures creuses. (Incidemment, cette « tarification de pointe » d’Uber m’a incité plus d’une fois à prendre le bus ou le vélo à Ottawa lorsque je n’étais pas pressé.)

Une solution à long terme

L’arrivée du covoiturage commercial contribuera peut-être à augmenter la mobilité des personnes et à diminuer le coût des déplacements, mais elle pourrait tout aussi bien aggraver les problèmes de congestion du Grand Vancouver. On voit d’ici la scène : davantage de pare-chocs à pare-chocs, davantage de pollution, plus d’usure des infrastructures.

Il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Il semble y avoir de plus en plus d’intérêt à Vancouver à la fois pour le covoiturage et pour la tarification de la congestion routière. Il s’agit maintenant d’intégrer ces deux idées dans une stratégie d’ensemble coordonnée. On tient peut-être là une solution durable pour réduire le trafic et pour améliorer la mobilité.

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