Les voies de covoiturage tarifées, ou le début d’une solution | Écofiscalité

Congestion routière: les voies de covoiturage tarifées, ou le début d’une solution

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Le mois dernier, le gouvernement ontarien a bloqué le projet de la Ville de Toronto d’installer des péages sur deux accès autoroutiers de la métropole. Malgré tout, les programmes de lutte contre la congestion routière continuent de se multiplier dans la grande région de Toronto. Aujourd’hui, dans le cadre d’une série basée sur notre rapport de 2015 sur la tarification de la congestion, je vous parle des voies de covoiturage tarifées (VCT, ou HOT lanes en anglais) dont la Ville Reine fait présentement l’essai.

Les VCT sont des voies de circulation payantes sur une route à plusieurs voies. Leur utilisation est entièrement volontaire, contrairement aux routes à péages et aux systèmes de tarification par zones. Les VTC existantes sont en général des voies réservées aux véhicules multi-occupants (VMO) qui ont été converties, ou alors de nouvelles voies que l’on a ajoutées au réseau. Tandis que les VMO ne sont accessibles qu’aux autobus et aux voitures transportant plusieurs passagers, les VCT sont ouvertes à quiconque est prêt à payer. Leur tarif est soit dynamique (modulé en temps réel selon la densité du trafic), soit variable (en fonction de périodes prédéterminées).

En 2016, Toronto a lancé un projet pilote de VCT sur certaines portions de la Queen Elizabeth Way, aux abords ouest de la capitale provinciale. Tous les trois mois, la Ville fait tirer au sort 1 000 permis qu’elle vend 180 dollars aux récipiendaires. La circulation sur la VCT est gratuite, sans permis, pour les camions, camionnettes, voitures et motos qui comptent plus d’un occupant, de même que pour les autobus de ville et les véhicules électriques. Seuls ceux qui entendent y rouler en solo afin d’éviter la congestion routière doivent se munir d’un permis.

Toronto est la première grande ville canadienne à faire l’essai des voies de covoiturage tarifées. Le projet est d’une portée limitée; il s’agit surtout de savoir s’il y a de l’intérêt pour ce genre de politique de lutte contre la congestion routière.

VCT aux USA

Toronto et les autres villes canadiennes peuvent tirer enseignement de l’expérience de nombreux autres systèmes de VCT bien conçus. L’un des meilleurs exemples se trouve au Minnesota. Il y a plus de dix ans, en 2005, le North Star State a introduit le système MnPASS, l’une des premières VCT à tarification dynamique du monde. Le projet s’appuyait sur une infrastructure préexistante : des voies réservées aux véhicules multi-occupants (VMO), qui furent converties. MnPASS poursuit plusieurs objectifs : réduire la congestion, augmenter la capacité du réseau, réduire le besoin de nouvelles routes et accroître l’utilisation des transports publics et du covoiturage.

Le tarif de MnPASS est dynamique et actualisé toutes les trois minutes en fonction du volume du trafic et de sa vitesse. Il varie de 25 cents à 8 dollars, la moyenne se situant entre 1,50 et 2 dollars par trajet. Les bus, les motocyclettes et les covoitureurs empruntent la VCT gratuitement. Les conducteurs en solo doivent s’ouvrir un compte et louer un transpondeur pour 1,25 dollars par mois. En échange, les usagers du MnPASS ont la garantie que le trafic de la VCT roulera au minimum à 60 milles à l’heure (97 km/h) aux heures de pointe.

Comme instrument de lutte contre la congestion, le système MnPASS s’est révélé modérément efficace. La vitesse de circulation dans les voies normales a augmenté de 6 pour cent; et dans la VCT, le débit de voitures a augmenté de 5 pour cent aux heures de pointe, tandis que le débit dans les autres voies baissait légèrement.

Les habitants du Minnesota semblent avoir embarqué dans le projet. Le nombre total de trajets sur les VCT du réseau a presque doublé entre 2009 et 2013. Dans une enquête auprès des usagers, les répondants devaient choisir à partir d’une liste ce qu’ils considéraient comme les plus grands avantages de la circulation dans les voies payantes du MnPASS. Quatre-vingt-treize pour cent ont indiqué l’économie de temps; 69 pour cent un trafic allégé; 69 pour cent la possibilité de rouler plus vite; 60 pour cent un niveau de stress réduit; et 50 pour cent la facilité d’utilisation.

L’objectif du système MnPASS était de s’attaquer au problème de la congestion routière. Il a généré de modestes surplus, ce qui signifie que les péages suffisent à couvrir les coûts d’opération et de surveillance du système. Les surplus sont affectés à l’amélioration du réseau autoroutier et à des projets de transport collectif.

Soulagement temporaire

La tarification de la congestion peut contribuer à retirer un certain nombre de voitures de la circulation, et les revenus qui en découlent peuvent aider à en retirer encore davantage s’ils sont employés à augmenter l’offre de moyens de transport alternatifs. Les revenus tirés des péages permettent aussi d’affecter les recettes fiscales régulières à d’autres priorités. Dans une ville très étendue mais dotée d’un réseau de transport collectif somme toute modeste, comme Toronto, les péages améliorent la mobilité, font gagner du temps à tout le monde, génèrent des revenus, aident à l’entretien des routes et diversifient l’offre de moyens de transport.

Dans l’univers de la tarification de la congestion, les voies de covoiturage tarifées représentent un cas à part. Elles se distinguent par leur caractère facultatif : les automobilistes participent au système s’ils le veulent, autrement pas de souci, ils conduisent comme d’habitude, ce qui règle le problème de l’équité. Les VCT peuvent être combinées avec d’autres programmes de lutte contre la congestion pour créer une structure de tarification à plusieurs vitesses. Toutefois, à cause de leur portée limitée, les VCT sont souvent moins efficaces que les systèmes intégrés de tarification de la congestion routière. De fait, là réside leur attrait auprès de certains automobilistes : elles n’obligent personne à payer.

Les voies de covoiturage tarifées peuvent donc servir de zone d’acclimatation, en montrant aux automobilistes, sur une base purement volontaire, les bénéfices d’un système de tarification. Mais si le but ultime est de réduire la congestion routière, les VCT ne devraient sans doute pas faire office de solution clés en main.

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