Six questions pour Paul Lanoie sur les possibilités inexploitées

Six questions pour Paul Lanoie sur les possibilités inexploitées, l’écofiscalité et comment le Canada se compare

Paul Lanoie
Climat et énergie Technologie et innovation Villes durables

Comme l’a dit Winston Churchill, « si vous mettez deux économistes dans une pièce, vous obtenez deux opinions, à moins que l’un d’eux soit Lord Keynes, dans ce cas, vous en obtiendrez trois. » Donc qu’est-ce qui arrive lorsque vous mettez 12 économistes renommés dans une salle et leur demandez de se concentrer sur l’un des plus grands défis de notre temps : la croissance de la prospérité économique et l’amélioration de l’environnement au Canada? Vous obtenez la Commission de l’écofiscalité du Canada. Cette Série de blogues avec les commissaires vous donne un aperçu de la diversité des personnalités et des perspectives qui alimente notre travail — et ce qu’il faut pour démêler toutes ces grandes questions ensemble.

  1. En tant que professeur d’économie à HEC, vous vous spécialisez dans l’économie environnementale. Qu’est-ce qui vous avez attiré dans ce domaine?

C’est un peu le hasard. Moi, j’ai fait ma thèse sur les aspects économiques de la santé et sécurité au travail, et mon voisin de bureau, lui, faisait une thèse en économie de l’environnement. On a souvent discuté ensemble, et je trouvais son sujet un peu plus excitant que le mien! Quand j’ai terminé ma thèse, je me suis mis à faire de la recherche avec lui. C’est un domaine encore relativement « nouveau » où les recherches peuvent faire avancer les choses plus vite pour nous amener à une « meilleure » société.

  1. Comment au Canada nous comparons-nous au reste du monde par rapport à la mise en oeuvre de l’écofiscalité?

En Europe, on a vu des mesures d’écofiscalité depuis au moins une quinzaine d’années. Ici, ça a pris du temps avant que cette idée-là fasse un peu de chemin. Un pourcent de nos recettes fiscales sont de l’écofiscalité, donc on est un des pays qui en fait le moins.

Ici, au Québec, on a très peu de compteurs d’eau; on a aucune tarification sur les routes (il y a seulement deux ponts qui sont des ponts à péage) et on a aucune tarification des déchets. Et puis, le prix d’électricité me semble sous-évalué. Alors je trouve qu’il y aurait des progrès à réaliser de ce point de vue-là.

  1. Est-ce que vous voyez des occasions d’utiliser ces mesures d’écofiscalité au Canada et au Québec?

Ah, bien sûr, comme je le disais, au Québec, le coût d’électricité est vraiment trop faible — deux fois moins élevé qu’à Toronto et trois fois moins élevé qu’à New York. Donc, il y a énormément de gaspillage d’électricité chez nous. Si on amenait les prix à un niveau qui reflèterait davantage le vrai coût d’opportunité, on pourrait diminuer notre consommation et exporter plus en Ontario, au Nouveau-Brunswick ou en Nouvelle-Angleterre. Et le grand avantage de cela, c’est que notre électricité au Québec est propre; on produit de l’hydroélectricité ou de l’éolien à plus de 95 %. Et puis, avec ces hausses de revenus, on pourrait diminuer la taxe de vente ou l’impôt — l’impôt sur les revenus est très élevé au Québec!

  1. Le Canada tire de l’arrière par rapport à beaucoup d’autres pays en termes de productivité et d’innovation. Est-ce que l’écofiscalité peut faire une différence?

Essentiellement, si on fait de l’écofiscalité, on va pouvoir augmenter les taxes vertes et diminuer les impôts des sociétés. Alors, les sociétés pourront investir davantage dans la recherche et développement.

À partir de données de l’OCDE, j’ai fait une recherche qui montrait que dans les pays où il y a davantage de taxes environnementales par rapport à la réglementation, il y avait plus d’innovation environnementale.

  1. Pouvez-vous citer des exemples particulièrement bien réussis au Québec?

Au Québec, on a des prix de l’essence parmi les plus élevés en Amérique. On n’a pas pris ces décisions là pour l’environnement, on est allé chercher des revenus, mais ça tombe bien ! Entre autres, le parc de véhicules automobiles est moins énergivore au Québec que dans le reste de l’Amérique, et on utilise davantage le transport en commun. Un autre bel exemple, c’est qu’on est un des premiers endroits en Amérique où il y a un marché du carbone.

  1. Qu’est-ce que vous espérez réaliser comme un commissaire?

Moi, je suis un prof plus avancé en carrière, j’ai peut-être un peu moins besoin de faire mes preuves au niveau des publications. Donc si je peux mettre plus d’énergie pour faire bouger des choses concrètement, pourquoi pas? Je suis rendu à ce stade-là de ma carrière où je peux utiliser l’expérience que j’ai pour essayer de faire un peu, modestement, avancer la société.


À propos de l’auteur

Paul Lanoie est professeur à HEC Montréal, dans le Département d’économie appliquée et un commissaire de la Commission de l’écofiscalité du Canada.

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